Après son remarqué premier long métrage, A Short Film about the Indio Nacional en 2006 et Autohysteria, le jeune Philippin Raya Martin (25 ans) présente cette année à Cannes Independencia (Un Certain Regard), sur lequel il a commencé à travailler lorsqu’il participait à la Résidence de la Cinéfondation cannoise de 2005 (hors compétition est aussi présenté un autre de ses films, Manilla). Independencia fait partie d’une trilogie sur l’histoire des luttes philippines et se passe au début du XXème siècle. Parce que les troupes américaines débarquent dans le pays pour le coloniser et qu’une guerre éclate, une mère et son fils s’enfuient dans la forêt, s’y installent et s’aménagent comme ils peuvent une vie isolée et solitaire, où l’objectif quotidien est de trouver de quoi survivre. Les années s’écoulent dans l’espace insulaire, une femme recueillie remplaçant la mère qui décède et donnant à l’homme un fils. Le quotidien est fait de gestes simples (chasser, préparer à manger, marcher…), l’amour circule entre les trois êtres. Jusqu’à ce qu’une catastrophe naturelle, et la guerre qui continue à sévir au loin, ne viennent faire basculer cette vie tranquille en tragédie.

Pour ses précédents films, Raya Martin avait choisi l’esthétique du cinéma primitif muet. Independencia est parlant, mais les images défilent à une vitesse inférieure à 24 par secondes, ce qui créer une distance et donne une fausse orientation documentaire au film (également alimentée par une séquence de fausses images d’archives). Le cinéaste a renoncé à son désir premier de tourner cette histoire, proche de ce qui s’est réellement passé à cette période dans son pays, dans un style documentaire, en petite équipe et en décors naturels. Le film fut tourné en studio, l’esthétique hollywoodienne cohabite avec le contexte philippin évoqué, l’artificiel avec le naturel. La sobriété de la trame, la concentration sur un décors (la forêt) et sur un nombre réduit de personnages, permettent d’être pleinement attentif à la beauté plastique et sonore d’Independencia. On se laisse bercer par le rythme du vent, de l’eau qui coule, par le chant des oiseaux, l’accomplissement de gestes simples. Les personnages semblent davantage des figures à contempler que des êtres à qui s’identifier. Cela peut laisser certains à distance du film mais séduit qui accepte de simplement se couler dans son rythme.