Dieu sait si l’on aime le cinéma de Pedro Costa. Pour certains d’entre nous, En avant, jeunesse ! fut le meilleur film sorti sur les écrans de l’année 2008. On ne peut pas dire que son dernier opus, consacré à une Jeanne Balibar chanteuse, partagée entre l’enregistrement de son album Paramour et les répétitions de La Périchole d’Offenbach, nous ait déplu. Les plans de Costa sont toujours superbes, perdus quelque part parmi les peintres « lumiéristes », de Rembrant à De la Tour ; le cinéaste fait toujours sortir de l’or de sa rudimentaire caméra mini-DV. Mais, dans cette veine strictement documentaire, quelque chose ne fonctionne plus aussi bien que dans son film consacré aux Straub, Où gît votre sourire enfoui ?. La rigueur, la précision, l’application sont restées identiques, mais ne s’articulent plus avec cette comédie du quotidien, une comédie de groupe, de couple, de duo qui touchait à l’universel. Ici, Jeanne Balibar reste prisonnière du palais de solitude que lui construit Costa : rien que de très particulier, un film d’amis artistes qui jouent à se regarder. Hormis une magnifique séquence de cours de chant, où la voix de sa professeure résonne en off, Ne change rien est presque intégralement dénué d’humour. Trop sérieux, il s'en tire avec un visage blême. All work and no play makes Jack a dull boy.